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CHARLES BAUDELAIRE
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Biographie

 

Charles BAUDELAIRE vu par ses contemporains


MONSELET, Charles : La Lorgnette littéraire – Dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon temps, Paris, Poulet-Malassis et De Broise, 1857.

BAUDELAIRE (Charles). — Les lèvres serrées, un nez sensuel et frémissant, des yeux brillants « comme deux gouttes de café noir, » une voix brève et coupant les mots comme avec un couteau de boulanger, voilà M. Baudelaire. Nous commençons par sa personnalité, parce qu’elle est inséparable de son talent. Il y a quelque chose de choquant dans l’excès d’intelligence qui anime cette physionomie ; on se sent interrogé, presque deviné, et l’on se révolte. Ses écrits sont rares, mais empreints d’un double cachet de force et d’étrangeté ; ses vers sont substantiels, précis, il leur a donné le titre de : Fleurs du Mal ; nous ne voulons pas trop approfondir ce titre, nous craindrions d’y trouver un système, une théorie. Très âpre à la recherche des œuvres sérieuses et vécues, M. Charles Baudelaire a rencontré son semblable à travers l’Océan, — Edgar Poe ; — en conséquence, il l’a étudié avec une rare puissance d’assimilation et l’a traduit avec une passion effrayante. Edgar Poe, en effet, avec des vices douloureux en plus, a des facultés et des procédés qui sont communs à M. Charles Baudelaire ; on reconnaît dans tous les deux le même amour des exceptions morales, la même insanité de milieu, toujours la même concentration de style.

Si ce petit répertoire n’était pas chose si légère et si fugitive, nous aimerions nous arrêter encore au nom de M. Baudelaire. Comme tous les artistes volontaires et qui ne se préoccupent ni de leurs confrères ni de l’opinion publique, M. Baudelaire compte de véritables et acharnées inimitiés. — Est-ce parce qu’on annonce, comme devant paraître prochainement, un ouvrage de lui, intitulé : Conversations de M. Charles Baudelaire avec les Anges ?


NADAR (Félix Tournachon, dit) : Charles Baudelaire intime - Le poète vierge, Paris, Auguste Blaizot, 1911.

- «Tiens, Baudelaire !!! » dit alors ce Privat qui connaissait l'entier univers et qui, pour une fois, disait vrai.
Le banc a tressailli : nous allions donc enfin le connaître, celui-là tant désiré, attraction suprême ! Privat nous avait transportés, nous en récitant quelques pièces, dont par exception fortuite le légendaire craqueur avait négligé de s'attribuer paternité.
L'aspiré tiré bien à nous maintenant sur l'appel entendu, procédant dans sa marche par saccades des articulations ainsi que les petits acteurs en bois du sieur Séraphin, semblant choisir pour chacun de ses pas la place, comme s'il marchait entre des oeufs ou qu'il craignit par ce sable innocent de compromettre le luisant de sa chaussure.
Le noir du costume aidant, le geste retenu, méticuleux, concassé rappelaient les silhouettes successives du télégraphe optique qui se démantibulaient alors sur les tours de Saint-Sulpice ou, mieux, la gymnastique anguleuse de l'araignée par temps humide au bout de son fil.
L'entente était déjà complète avec notre nouveau malgré sa réserve, car alors ainsi se passaient les choses et bien avant les électricités de M. Edison : un quart d'heure à peine, et tout le « banc » accompagnait en essaim Baudelaire à son logis, quai d'Anjou en l'Isle, grimpant quatre à quatre et bruyamment le dernier étage du vieil hôtel Pimodan, envahissait l'appartement un peu mansardé mais vaste et confortablement meublé. Un tapis couvrait entièrement le parquet, luxe pour nous inusité. D'un grand fauteuil tout moderne et très accueillant où je me carrai de suite je regardais quelques tableaux, dont la miniature de Mme Aupick au long col et une inoubliable tête de femme, école italienne. Un peu plus tard, la cimaise devait s'enrichir du portrait de Baudelaire par Deroy, presque aussitôt mort sur son oeuvre : qu'est devenue cette toile doublement intéressante dont la place serait au Louvre et que nous vîmes brosser là, à la lampe, en trois ou quatre soirées?... Il me souvient de l’atmosphère parfumée qui régnait ici! Baudelaire répandait sur le tapis des flacons de musc à vingt sous. A vrai dire, l’odeur était un peu forte; mais ce trait surprendra-t-il chez le poète à qui la tignasse de Jeanne inspirait La Chevelure ?


VERNOY, Henri : Charles Baudelaire dans le journal L’Univers Illustré, le 14 septembre 1867.

Depuis que Charles Baudelaire a fermé les yeux, on n’a pas idée de la quantité prodigieuse de nouvelles à la main et d’anecdotes plus ou moins apocryphes qui ont été jetées à poignées sur sa tombe. Pour notre part, nous jugeons préférable de ne pas entrer dans cette voie. Au lendemain d’une mort, il y a quelque chose de pénible, croyons-nous, à entendre raconter combien tel écrivain buvait de verres d’absinthe, quel café il fréquentait de préférence, s’il avait l’ivresse gaie ou lugubre, et mille autres détails introduisant brusquement le passant dans la vie privée d’un homme dont une famille honorable pleure la perte.

Notre appréciation se limitera donc à l’écrivain, et nous nous hâtons d’ajouter que les Lettres ont perdu en Charles Baudelaire une personnalité d’une valeur incontestable et d’une vigoureuse originalité. Si, dans ses œuvres, il a poussé jusqu’aux dernières limites l’esprit de bizarrerie, cette tendance d’une nature inquiète et morbide ne doit pas nous empêcher de rendre justice à des qualités d’analyse philosophique dont la profondeur frappe à chaque instant le lecteur, et à l’éclat de la forme qui fera rester comme des modèles plusieurs de ses pièces des Fleurs du Mal.

Charles Baudelaire est né à Paris, en 1821. Il débuta, en 1845, par des critiques d’art et des comptes rendus de Salon. Il entreprit ensuite avec le plus grand succès la traduction des œuvres d’Edgar Poë, dont il a publié les Histoires extraordinaires, les Nouvelles Histoires extraordinaires, les Aventures d’Arthur Gordon Pym. Vint ensuite le livre étrange des Paradis artificiels, inspiré sans doute par l’abus du haschich et de l’opium. Mais ce qui a donné le plus de retentissement à son nom, c’est son volume de poésies intitulé les Fleurs du Mal.

Depuis plus d’une année, une cruelle maladie cérébrale le clouait sur un lit de douleur. La mort de l’esprit avait précédé la mort de la matière.

 

Biographie succincte de Charles Baudelaire

KOPP, Robert : Baudelaire, le soleil noir de la modernité, Paris, Découvertes Gallimard, 2004.

 

Biographie très détaillée de Charles Baudelaire

PICHOIS, Claude et ZIEGLER, Jean : Baudelaire – Collection Les Vivants, Paris, Julliard, 1987, réédité en 1993.

 

Biographies en images de Charles Baudelaire

PICHOIS, Claude : Album Baudelaire, Paris, N.R.F – Gallimard, 1974.

PICHOIS, Claude et AVICE, Jean-Paul : Passion Baudelaire – L’Ivresse des Images, Paris, Textuel, 2003.

 

 

 

 
 
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