![]() |
CHARLES BAUDELAIRE
Biographie
Charles BAUDELAIRE vu par ses contemporains
BAUDELAIRE (Charles). — Les lèvres serrées, un nez sensuel et frémissant, des yeux brillants « comme deux gouttes de café noir, » une voix brève et coupant les mots comme avec un couteau de boulanger, voilà M. Baudelaire. Nous commençons par sa personnalité, parce qu’elle est inséparable de son talent. Il y a quelque chose de choquant dans l’excès d’intelligence qui anime cette physionomie ; on se sent interrogé, presque deviné, et l’on se révolte. Ses écrits sont rares, mais empreints d’un double cachet de force et d’étrangeté ; ses vers sont substantiels, précis, il leur a donné le titre de : Fleurs du Mal ; nous ne voulons pas trop approfondir ce titre, nous craindrions d’y trouver un système, une théorie. Très âpre à la recherche des œuvres sérieuses et vécues, M. Charles Baudelaire a rencontré son semblable à travers l’Océan, — Edgar Poe ; — en conséquence, il l’a étudié avec une rare puissance d’assimilation et l’a traduit avec une passion effrayante. Edgar Poe, en effet, avec des vices douloureux en plus, a des facultés et des procédés qui sont communs à M. Charles Baudelaire ; on reconnaît dans tous les deux le même amour des exceptions morales, la même insanité de milieu, toujours la même concentration de style. Si ce petit répertoire n’était pas chose si légère et si fugitive, nous aimerions nous arrêter encore au nom de M. Baudelaire. Comme tous les artistes volontaires et qui ne se préoccupent ni de leurs confrères ni de l’opinion publique, M. Baudelaire compte de véritables et acharnées inimitiés. — Est-ce parce qu’on annonce, comme devant paraître prochainement, un ouvrage de lui, intitulé : Conversations de M. Charles Baudelaire avec les Anges ?
- «Tiens, Baudelaire !!! » dit alors ce Privat qui connaissait l'entier univers et qui, pour une fois, disait vrai.
Depuis que Charles Baudelaire a fermé les yeux, on n’a pas idée de la quantité prodigieuse de nouvelles à la main et d’anecdotes plus ou moins apocryphes qui ont été jetées à poignées sur sa tombe. Pour notre part, nous jugeons préférable de ne pas entrer dans cette voie. Au lendemain d’une mort, il y a quelque chose de pénible, croyons-nous, à entendre raconter combien tel écrivain buvait de verres d’absinthe, quel café il fréquentait de préférence, s’il avait l’ivresse gaie ou lugubre, et mille autres détails introduisant brusquement le passant dans la vie privée d’un homme dont une famille honorable pleure la perte. Notre appréciation se limitera donc à l’écrivain, et nous nous hâtons d’ajouter que les Lettres ont perdu en Charles Baudelaire une personnalité d’une valeur incontestable et d’une vigoureuse originalité. Si, dans ses œuvres, il a poussé jusqu’aux dernières limites l’esprit de bizarrerie, cette tendance d’une nature inquiète et morbide ne doit pas nous empêcher de rendre justice à des qualités d’analyse philosophique dont la profondeur frappe à chaque instant le lecteur, et à l’éclat de la forme qui fera rester comme des modèles plusieurs de ses pièces des Fleurs du Mal. Charles Baudelaire est né à Paris, en 1821. Il débuta, en 1845, par des critiques d’art et des comptes rendus de Salon. Il entreprit ensuite avec le plus grand succès la traduction des œuvres d’Edgar Poë, dont il a publié les Histoires extraordinaires, les Nouvelles Histoires extraordinaires, les Aventures d’Arthur Gordon Pym. Vint ensuite le livre étrange des Paradis artificiels, inspiré sans doute par l’abus du haschich et de l’opium. Mais ce qui a donné le plus de retentissement à son nom, c’est son volume de poésies intitulé les Fleurs du Mal. Depuis plus d’une année, une cruelle maladie cérébrale le clouait sur un lit de douleur. La mort de l’esprit avait précédé la mort de la matière.
Biographie succincte de Charles Baudelaire KOPP, Robert : Baudelaire, le soleil noir de la modernité, Paris, Découvertes Gallimard, 2004.
Biographie très détaillée de Charles Baudelaire PICHOIS, Claude et ZIEGLER, Jean : Baudelaire – Collection Les Vivants, Paris, Julliard, 1987, réédité en 1993.
Biographies en images de Charles Baudelaire PICHOIS, Claude : Album Baudelaire, Paris, N.R.F – Gallimard, 1974. PICHOIS, Claude et AVICE, Jean-Paul : Passion Baudelaire – L’Ivresse des Images, Paris, Textuel, 2003.
|